Témoignage – Le retour d’expérience d’Hélène, après 7 mois aux Philippines

Magandang umaga (bonjour en tagalog),

Je m’appelle Hélène,  j’ai vingt cinq ans, et j’ai réalisé cette année un service civique en tant que piano teacher au sein de la fondation Virlanie aux Philippines. Cette association a pour objectif d’aider les enfants des rues à s’intégrer à la société en leur offrant un cadre sécurisant, chaleureux et adapté à tous.  Je venais de finir un master en Sciences Politique, et après des années de labeur théorique, je sentais le besoin de me reconnecter à la réalité en m’engageant auprès des autres.  J’ai eu l’opportunité de décrocher une mission à l’international en rapport avec ma passion, la musique. Cette aventure inédite restera une page marquante de ma vie. Je souhaite partager avec vous quelques écrits que j’ai tenu tout au long de ma mission et qui retrace mon parcours.
Je n’ai qu’une chose à dire : osez !
Bonne lecture !

Mars 2019

Il y a quelques jours,  je me suis envolée pour une mission de six mois à Manille où je serai la nouvelle Piano Teacher au sein de la fondation Virlanie. 

Une période d’immersion est mise en place pour accueillir tout nouveau volontaire à Virlanie et découvrir le quotidien de ces enfants. La coordinatrice des volontaires, Océane Vérin, m’a accompagnée à l’une des maisons accueillant des enfants de sept à treize ans appelé Tanglaw Home. Elle sera ma maison pendant un mois.

En marchant vers ma nouvelle maison, j’ai fait la connaissance d’un Philippin à la rue. Deux petits chiens blancs pour compagnie, et quelques cartons sont sa seule maison. C’est tout sourire qu’il nous a abordé. Je crois que le sourire est la marque de fabrique des Philippins, malgré la misère matérielle et personnelle dans laquelle vivent ces personnes.

Arrivée à Tanglaw, j’ai rencontré les enfants qui m’ont accueillie avec enthousiasme. Ils m’appelaient  Ate Hélène ce qui signifie en tagalog – le dialecte philippin- grande sœur. La plupart me prenaient la  main pour la poser contre leur front. Ce geste exprime leur reconnaissance et leur respect par rapport à ma venue. J’ai compris à ce moment que j’entrais dans un nouvel univers qu’il me fallait apprivoiser et comprendre. C’était bouleversant.

Ici les repas sont constitués autour du riz accompagnés de poisson ou de viande ainsi que d’un fruit pour le dessert. Le petit-déjeuner philippin, contrairement au français, se définit autour du salé, toujours avec une base de riz; à l’occasion on peut trouver des petites miches de pain légèrement sucrées qu’ils appellent pandelsan.

L’anglais n’est pas du tout une langue que les enfants savent manier, ils utilisent davantage le tagalog.  Passée la surprise, je me suis attelée à apprendre quelques mots pour communiquer avec les enfants en particulier lors de mes leçons de piano.

Ils adorent chanter et danser! Vous devriez les voir lorsqu’ils mettent un CD d’un cours de danse ; leur bonheur est si communicatif qu’il vous donne envie de les rejoindre dans leur chorégraphie, et vous ne vous sentez pas du tout ridicule à danser sur des chansons colorées tagalog et coréennes.

Mai 2019

Je suis partie quelques jours avec Fiona, une autre volontaire de Virlanie, visiter l’île Busuanga dans la province de Palawan. Les philippines, ce sont aussi des paysages paradisiaques à portée de main. Le trajet nocturne en ferry de Manille à Coron, la ville principale de l’île, a duré une dizaine d’heures. L’expérience a été vivifiante à vivre : nous avons dormi à bord dans de grands dortoirs ouverts aux vents marins et à l’air iodé, couchés dans nos lits superposés en compagnie de paquets, de valises et d’autres voyageurs. Deux heures après avoir pris le large, le vent marin s’est fait si insistant que l’équipage a été obligé de boucher les grandes ouvertures avec des bâches.

J’ai adoré la nuit. L’air était respirable et nulle besoin de ventilateur pour rafraîchir la pièce. Quel bien-être de se réveiller à cinq heures du matin par la lumière du jour sans se sentir gluant de transpiration (c’est la saison chaude en ce moment).

L’île de Coron est fabuleuse. Le paysages rocheux et boisés non modelés par la main de l’homme  étaient splendides, en particulier les fonds marins lors de nos nombreux stops en bateau pour plonger au milieu de la faune aquatique et des coraux multicolores.  C’est aux Philippines que j’ai découvert le snorkelling, et je pense qu’il n’y a pas meilleur lieu pour s’y initier. Les plages sont mieux que sur les cartes postales : sable blanc, cocotiers , mer limpide qui se dégrade dans une palette de couleurs allant de l’azur au turquoise.

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Mon frère est venu me rendre visite une dizaine de jours, et pour l’accompagner dans son périple j’ai pris quelques jours de congés.

Nous sommes partis à la découverte des rizières en terrasse dans le nord des Philippines, proche de Banaue. Nous y avons réalisé un trek de trois jours à travers les petits villages de Pula, Kambulo et Batad. Pas de connexion internet, pas de bruit de voitures ou autres véhicules motorisés, pas d’odeur de pots d‘échappements. Seuls les montagnes brumeuses, le bruit des cigales, aussi triomphantes qu’une scierie fonctionnant à plein régime, faisait office de cortège le long du chemin par temps sec.

Lorsque les averses se pointaient en milieu d’après-midi, une pluie généralement dense et vêtue de son manteau orageux, il valait mieux trouver un abris pour éviter la douche anticipée. La randonnée se poursuivait ainsi sur un sentier glissant et rocailleux. Trois jours éprouvants pour un trek qui requiert le maintien de son sang-froid dans les passages escarpés, à flanc de rizières.

Combien de fois notre guide nous préconisait de ralentir, prendre son temps pour ne pas se fouler une cheville dans les descentes raides et étroites, regarder où poser attentivement  les pieds entre les racines humides et la terre sablonneuse. Et lui marchait pieds nus, il me racontait qu’il se sentait plus à l’aise qu’avec des baskets !

Après la longue marche diurne, et des courbatures dans les cuisses et les mollets, nous pouvions nous reposer au calme dans les petits gîtes des villages accueillant les randonneurs. Le soir, à l’ombre des lucioles, nous prenions plaisir à manger notre repas philippin en contemplant le bourdonnement alentour des montagnes.

J’en arrive aux rizières en terrasses: je crois que ce sont les paysages les plus époustouflants qui m’ont été donnés d’admirer dans ma vie. Elles sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Merci à notre fantastique guide Darwin pour les nombreuses histoires et anecdotes sur l’origine de ces rizières et les rites des habitants locaux.

Août 2019

Ce mois-ci nous avons fêté le 27e anniversaire de la fondation en présence de toute l’équipe de Virlanie. Thème de la soirée : la culture Philippine ! Pour l’occasion, le dress code imposé était les tenues traditionnelles du pays.

Le barong, l’un des habits traditionnels, est une tunique au tissu noble, droit et mi-transparent. Il est le plus souvent de couleur crème, brodé de motifs fleuris ou végétaux se porte au-dessus d’une jupe longue ou d’un pantalon fluide . Chaque région des Philippines possède son vêtement typique régional : les couleurs peuvent changer, le tissu, les motifs, une ceinture peut se porter à la taille, des accessoires et bijoux peuvent venir parer l’ensemble.

La soirée a été très amusante festive ; il faut voir les philippins se préparer et se faire beaux pour une fête. Ils sont capables d’arrêter leur journée de travail à 15h de l’après-midi pour se préparer à l’événement qui débute à 18h. Mais peut-être que c’est propre à Virlanie.

Avec les autres volontaires, nous avons présenté un chant et une danse sur une chanson tagalog (qui pourrait rivaliser avec la macarena ). Notre performance a déclenché l’enthousiasme générale et nous avons passé la soirée à nous prêter au jeu des (nombreux) selfies de la part des Philippins.

La saison des pluies a enfin commencé. D’après la plupart des Philippins, la saison est plutôt clémente. Je ne sais pas ce qu’ils appellent clémente lorsqu’il suffit de cinq minutes pour vous donner l’impression d’être une éponge qui ressort de son bain. La pluie diluvienne tombe si longuement que les canalisations ne sont pas assez efficaces pour évacuer l’eau. Il en résulte des scènes assez invraisemblables. Samedi dernier, alors que je me rendais au marché, un canoë voguait tranquillement dans une rue voisine submergée par les eaux de la veille.

Ces précipitations denses et venteuses qui stagnent sur la ville sont appelés typhons.

Septembre 2019

Avec les élèves les plus avancées, nous avons attaqué la partie technique de la musique : l’apprentissage du solfège. Jamais je n’aurai pensé en arriver là en aussi peu de temps. Ils me bluffent. J’ai gagné confiance en mes capacités d’enseignement et je me sais patiente. Tous ont progressé à leur rythme et se sont accrochés. Ils m’ont prouvé que le travail finit toujours par payer si on prend le temps et si on a la motivation de se consacrer à une activité.

La plus jeune de mes élèves âgés de sept ans errait dans mes cours les cinq premiers mois, malgré les différents exercices et jeux que je proposais. Nous avons tenu bons, moi dans la recherche d’exercices plus adaptés à son niveau, et elle dans ses efforts.

Et un jour, le déclic.

Début juillet, elle a mémorisé une petite mélodie que je lui avais joué en utilisant uniquement les touches noires. Elle l’a retenu et depuis, elle n’a cessé de progresser. En l’espace de deux mois, elle a appris deux nouvelles mélodies, et à notre cours, elle s’est montrée curieuse de l’introduction d’une chanson que je jouais avec les adolescents. Elle l’a apprise en un seul quart d’heure. C’est là que j’ai vu les immenses progrès accomplis. Je me suis rappelée tous ces moments de découragement où la lassitude avait gagné ses yeux, où le doute s’était installé dans mes paroles.  La patience en valait la peine.

Mes sept mois au sein de Virlanie se sont achevés sur deux sentiments. Premièrement, la joie d’observer des enfants issus de milieux difficiles prendre confiance en eux, s’amuser, grandir, rire, découvrir une activité qui leur permette de se calmer, de se concentrer, de rêver, d’attiser leur curiosité ou simplement d’avoir un endroit où se confier. Pour d’autres, les leçons de piano ont été révélateurs de leur talent pour le piano : la vitesse à laquelle certains apprenaient, mémorisaient, mouvaient leurs doigts pour une demi-heure de leçon par semaine m’a convaincu qu’un talent se cache partout, dans toute origine sociale.

Le deuxième sentiment est la gratitude. Les leçons de pianos n’ont pas toujours été roses, j’en ai dressé un portrait optimiste mais il y aussi eu des refus de jouer, des silences, des doutes, des crises de colère, des larmes. J’ai tenté au mieux d’accompagner tous les enfants avec le piano pour recueillir leur capacité à s’exprimer autrement qu’avec des mots. Je leur ai appris à jouer mais ils m’ont appris bien plus en retour.

Ils m’ont appris à toujours avancer même si le chemin peut paraître long et sinueux. Ils m’ont appris, malgré les coups durs et les difficultés, à aimer la vie.

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