Témoignage – La mission d’Esther à Manille

Ma mission à Manille: giving back the smile to street children

Kahin ! KA-HIIIIN ! (à manger !). Tita Luisa s’époumone tandis que les bambins arrivent en courant. Je passe rapidement me laver les mains, j’attrape au vol une assiette et un verre et je m’attable avec Mama Lac, Papa Ricky et les autres titas (tantes). Une petite prière vite fait bien fait (les ¾ des enfants rigolent ou regardent en l’air) et on passe aux choses sérieuses…MANGER ! L’espace de quelques instants, le silence revient. Avec une main, je fais des boulettes de riz. Avec l’autre, j’attrape des morceaux de porc adobo, l’une des spécialités philippines. Masarap na masarap ! (c’est délicieux). Tita Luisa me fait un grand sourire : elle est toute contente et sans attendre, elle me ressert généreusement !

Voici l’un des nombreux moments quotidiens que j’ai partagés avec ma « famille philippine » à Manille…une grande famille à vrai dire ! J’ai vécu mon premier mois de service civique avec une vingtaine d’enfants des rues, dans l’un des foyers de l’association Virlanie. Cela a été une expérience de vie incroyable et une immersion totale dans la culture philippine. On parle peu l’anglais au foyer, les enfants deviennent alors mes professeurs de Filipino…pas facile, tant cette langue est différente de la nôtre! Je ressens aussi cette fameuse « barrière de la langue » avec les femmes vivant dans les bidonvilles et avec lesquelles je travaille dans le cadre de ma mission. Je suis volontaire pour Likhaya, un projet  de microentreprise sociale développé par l’association Virlanie. L’objectif de Likhaya est de donner davantage le pouvoir d’agir (empowerment) aux femmes vivant dans la rue grâce à l’entrepreneuriat et à l’emploi. Au travers du changement des conditions de travail et de vie de ces mamans, ce sont les vies de leurs familles qui sont impactées positivement et qui s’améliorent.

Je suis au cœur d’un projet de l’ESS et je me rends compte que ce domaine m’attire de plus en plus. (Après mon service civique, j’envisage d’ailleurs de poursuivre mon parcours professionnel dans l’entrepreneuriat social et solidaire.) Likhaya est un projet passionnant : je m’y investis à fond. Ma mission de service civique est très variée et je touche de domaines différents (communication, marketing, vente, relations avec les partenaires…). Marion, une autre volontaire, me rejoint au bout d’un mois.

Au fil des jours, je découvre la culture et la société philippine. Au même temps, j’apprends aussi beaucoup sur moi-même. J’essaie plein de nouvelles choses et je me laisse surprendre. Je suis confrontée à des situations qui me font réfléchir sur de nombreux sujets : l’égalité hommes-femmes, la place de la femme dans la société, la religion, la relation aux aînés, le rapport avec les membres de la famille… En effet, contrairement à de nombreux pays européens, la société philippine est construite autour du collectif : l’individu vient après. La famille occupe une place essentielle. C’est pour cela qu’en signe de respect, on appelle les hommes Kuya (grand frère) et les femmes Ate (grande sœur).

Avec ses 17 villes et ses 15 millions d’habitants, Metro Manila est titanesque ! Elle possède aussi beaucoup de contrastes. Bien que la classe moyenne se développe, les inégalités sont très apparentes et ne cessent de se creuser. On passe des quartiers très « américains » avec d’imposants buildings, des malls gigantesques, des rues impeccables…à des bidonvilles où s’agglutinent des milliers de personnes, au milieu de montagnes de déchets,  d’eau souillée, et où prolifèrent rats, moustiques et maladies de tout genre. Vivre à Manille, c’est vivre dans un environnement socialement divisé, à la croisée de mondes qui se côtoient sans pour autant réellement se rencontrer. C’est aussi vivre dans une ville vraiment polluée, très urbanisée et densément peuplée. Une ville qui, de jour comme de nuit, ne arrête jamais de fonctionner. Je ne suis pas une grande urbaine dans l’âme et j’ai rapidement besoin de la nature pour me sentir bien. Quand je peux, je m’évade de Manille le weekend pour aller à la montagne ou à la mer, loin de l’agitation et de la pollution de la ville. Chacune de ces escapades reste pour moi un magnifique souvenir, tant par l’incroyable beauté de la nature que grâce aux personnes merveilleuses que je rencontre en chemin. La diversité de ce pays me fascine : j’ai un vrai coup de cœur pour les Philippines. 

Avec la crise sanitaire du COVID-19, l’association Virlanie prend rapidement la décision du départ de ses volontaires. Le jour suivant cette décision, je m’envole déjà pour la France. Je n’ai pu dire au revoir qu’à une seule personne, Napoléon, un proche ami des volontaires qui vit dans la rue, sur le trottoir, à deux pas d’où nous habitons. C’est dur de quitter les amis sans avoir la chance de leur dire au revoir. Sans savoir ce qu’il leur arrivera. Moi qui n’aime pas les réseaux sociaux, je suis finalement contente qu’ils existent afin de garder contact avec les personnes qui me sont chères et que je n’ai pas pu revoir avant mon départ précipité.

Plus qu’une expérience, ces mois aux Philippines ont été pour moi une vraie leçon de vie. Je suis très heureuse d’avoir eu cette chance. Je me sens aussi extrêmement reconnaissante envers les personnes que j’ai rencontrées aux Philippines, leur hospitalité et leur gentillesse, leur humour qui me fait tant rire, leur générosité et leur infinie bienveillance.

Maraming maraming Salamat (merci beaucoup).

Si jamais tu souhaites en savoir plus sur Likhaya : facebook : @likhayaph et sur Instagram : #likhayaph et/ou en apprendre davantage sur l’association Virlanie : https://fr.virlanie.org/.

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